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mercredi, avril 27, 2011

Lectures de vacances

Parce que dans quelques jours je serai totalement libre de lire ce que je veux, je succombe à l'envie de vous exposer mes plus fulgurants fantasmes (j’exagère) de lecture :


Les carnets jaunes de Valérien Francoeur qui a crevé quelques enflés, d’A. C. Drainville;

Atavismes de Raymond-Bock;

Une journée d’Ivan Denissovitch de Soljenitsyne;

Plusieurs excuses de Stéphane Ranger ;

Lunar Park de Bret Easton Ellis ;

Les carnets du sous-sol de Dostoïevski ;

L’influence d’un livre de Philipe Aubert de Gaspé fils;

Trépanés (l’édition définitive) de Brisebois;

Bardo or not Bardo de Volodine.

Et quelques trucs qui vous intéressent sûrement moins :

Practicing New Historicism de Gallaagher & Greenblatt;

Preface to Plato d’Erick Havelock;

Aspects du mythe d’Eliade;

Je vois Satan tomber comme l’éclair de René Girard.

Ça serait bien d’avoir tout lu ça pour juin.

mercredi, avril 13, 2011

Avril, le 13

Tel que publié sur TERREUR!TERREUR!



En 2005, le visage de l’édition québécoise recevait une balafre de plus alors que François Couture se résignait à fermer l’Effet Pourpre, une maison d’édition qui avait su, pendant six ans, revigorer le milieu en introduisant dans l’arène plusieurs nouvelles voix qui ont rapidement su s’imposer durant la 1ère décénnie de notre XXIe siècle littéraire. L’Effet Pourpre proposait une politique éditoriale franchement atypique en refusant de faire des livres comme on doit les faire, préférant plutôt faire des livres comme on peut les faire. Mais malgré la volonté de Couture de «changer les lecteurs, un à la fois», l’Effet Pourpre a du mettre un terme à sa mission.

L’Effet Pourpre reste, à mon sens, l’une des maisons d’éditions les plus respectables de la dernière décennie.

Ce qui est triste lorsqu’une maison d’édition (québécoise) disparaît, ce n’est pas tant que les auteurs se retrouvent orphelins (l’écurie de l’Effet Pourpre a réussi à se tailler une place ailleurs), c’est surtout que le catalogue de la maison naufragée est pratiquement voué aux oubliettes – beaucoup de titres se retrouvent dans les limbes. Pour un auteur comme Patrick Brisebois, c’était quelque chose de relativement dramatique : il avait publié l’essentiel de ses titres chez l’Effet Pourpre. (D’ailleurs, son premier roman, Que jeunesse trépasse, fut le coup de semonce de la jeune maison d'édition). Même s’il s’est retrouvé chez Alto, Brisebois se voyait en quelque sorte coupé du reste de son travail alors que plus rien après la déroute de l’Effet Pourpre ne pouvait assurer la diffusion de ses premiers textes.

On a longtemps espéré que la chose se produise et finalement, c’est le Quartanier qui a décidé de rééditer les trois premiers romans de Brisebois. Ça commence avec Trépanés, un récit edgy et morbide aux airs d’autofiction (ça c’est une des forces de Brisebois – ses romans critiquent formellement la classification moribonde des genres); un livre qui exige de nos «maîtres de l'horreur» auto-proclamés qu'ils retournent faire leurs devoirs. Pour vrai. En pénitence, dans l'coin.

Les premières phases de la résurrection s’opéreront mercredi le 13 avril à la librairie le Port de Tête (262, Mont-Royal Est). Le Quartanier y dévoilera deux autres titres dont celui de Raymond Bock – Atavismes – un recueil de nouvelles «posterroir», pour piquer l’expression à Alexie.

dimanche, avril 03, 2011

Prozaïc 2011


Comme l'indique le flyer, jeudi le 7 avril se tiendra une soirée de performances multi-disciplinaires. L'événement est organisé par l'association étudiante de littérature comparée de l'Université de Montréal. Venez faire un tour, j'y lirai un peu de fiction.

Salle O Patro Vys, 356 Mont-Royal Est, (au-dessus du Bily Kun),  à 2ohoo. Entrée libre*.

*Parce que t'sais, la littérature, c'est gratis.

Publié en différé : «Halluciner une carrière»

Pour ceux qui ne l'aurait pas encore lue, voici mon dernier coup de gun publié le 22 mars 2011.

Ça fait une couple de semaines que je tente de retrouver le point de fracture avec la réalité, le moment où on s’est mis à halluciner en gang. J’essaie de retrouver le moment où on s’est mis à croire dur comme fer à une lubie aussi navrante… La baloune pète ici et là et nous pataugeons en pleine déception. Je veux qu’on se le tienne pour dit : mis à part une poignée de chanceux, personne ne vivra de son art. Personne. Et aussi fort voudrez-vous entretenir cette espérance, il n’en sera rien. Même si vous mettez ça sur le dos de la culture sous financée, même si vous attribuez ça au manque d’initiative de tel ou tel artiste, même si vous accusez le bon public de ne rien comprendre à vos inepties. Ok. Ne paniquez pas : il se peut que vous fassiez plusieurs piasses avec vos trucs, dans quel cas je me serais trompé dans mes prédictions. Sauf que je mets tout de même mon fric sur la possibilité que ça n’arrive pas.
Il faut faire acte de conscience et détruire le complexe hallucinatoire qui nous hante : tant qu’on parlera du métier d’écrivain en termes carriéristes – termes qui lui siéent très mal, croyez-moi, car réussir sa carrière n’a rien à voir avec réussir sa démarche artistique – on continuera de croire qu’il s’agit d’un métier qui peut se plier aux impératifs d’une carrière, c’est-à-dire assurer son ascension dans une échelle salariale, ses avancements, ses opportunités, etc. Et on fait beaucoup pour maintenir se mythe en place. Ce mythe créé une autre confusion fâcheuse, celle qui nous fait ranger chroniqueur, journaliste, blogueur, écrivain, scénariste dans le même tiroir (vous me direz que nous sommes à l’ère de la convergence des médias, du web 2.0 et de la diarrhée verbale). Comme si chacune de ces professions n’étaient qu’une facette du même métier, une carte de plus dans son jeu, un atout de plus pour être engagé grâce à jobboom. J’appelle ça de la dispersion de talent alors que d’autres pourraient appeler ça de l’initiative ou savoir se rédiger un cv.
Écrire ce n’est pas une job, c’est un sacrifice. Si écrire est une carrière, c’est une anti-carrière : elle est trouée de compromis, traversée par des troupeaux de vaches maigres, ponctuée de trains manqués. Écrire ça ne se compile pas en résultats ni en dollars (oui, je sais, c’est triste). Tant que vous vous obstinerez à le voir ainsi, vous passerez à côté de votre tâche la plus importante, torcher quelque chose de neuf et de dérangeant. Aller à Tout le monde en parle, être vu dans les 5 à 7, passer à la radio, vendre des tonnes de copies, ce n’est pas réussir à écrire. Gagner sa vie en écrivant ce n’est pas (automatiquement) réussir en tant qu’écrivain – réussir à écrire, à être écrivain, c’est réussir à dire quelque chose. Cessez de vous surprendre qu’il n’y a pas une cenne à faire avec la littérature (et l’art, par extension) et cessez d’en être déçu.

P.S : Sur le blogue de la Swompe, Mathieu Arsenault a très bien résumé ce qui adviendrait si le métier d’écrivain collait totalement au modèle carriériste.

Si vous voulez lire la note avec ses hyperliens, reportez-vous à sa version terrifiante.

vendredi, mars 11, 2011

De l'huile sur le feu...

Une note de bas de page à celle-ci. Telle que publiée sur TERREUR!TERREUR!




Mi-session oblige, je me suis permis quelques flâneries. Plus je vieillis, plus je me découvre une fibre masochiste. Parfois, pour l’alimenter, je vais du côté de la Clique du Plateau. Le truc, pour que ce blogue reste un tant soit peu sympathique, c’est qu’il devrait supprimer l’option des commentaires. Ce blogue devrait empêcher Joe & Bine de venir commenter, de venir s’exprimer sur tous les sujets, suivant toutes les humeurs, sans que l’un ou l’autre ne puissent écrire une seule phrase grammaticalement correcte. Mais jamais ce blogue n’osera faire cela car, comme toute bonne fange, ces commentaires (qui sont postés par centaines) lui fournissent un carburant fossile de choix, durable et renouvelable, avec lequel il peut rouler sur d’encore longues distances.

Je sais, vous allez me dire que je ne m’aide pas en allant lire les inepties qui se retrouvent dans les pages de commentaires, que je fais exprès, que je me crinke pour rien. Mais bon, au coeur les réflexions qui sont miennes, un blogue tel que la Clique du Plateau est un phénomène digne d’intérêt et c’est pourquoi il m’arrive de m’y échouer. Sauf que cette fois-ci, je suis allé zigoner dans ses archives et j’ai déterré la note du 5 août dernier (oui j’ai lu le tutorial d’Hugo Dumas sur «comment faire de la chronique en 2011 deux points zéro»). Ça m’a donné le goût de me vider un 40 oz. dans le gosier puis de quitter mon logis, 20 ga. chargé, pour faire créance de sang. Non seulement la Clique juge pertinent de ridiculiser l’épuisement professionnel de Mara Tremblay (non je ne vais pas venger madame Tremblay avec cette note) mais elle invite ses lecteurs à se faire un beau feu de joie avec la Mara toute nue, pieds et poings liés sur le bûcher. La Clique demande à ses fidèles d’exhiber leur vie professionnelle et d’expliquer en quoi ceux-ci méritent le burn-out et non pas Mara, fragile grateuse de cordes. Dans cette note (qui confond deux choses, l’épuisement d’une musicienne et le battage médiatique qui en a été fait), on retrouve encore l’argument central de la Clique au grand complet (la clique qu’on prend pour une gang de clowns, là). Son premier penchant, c’est que la culture au Québec, c’est sur-subventionné, que nos trimeux-dûrs-de-pauvres-martyrs-contribuables donnent de précieux dollars pour engraisser des pelleteux de nuages pachas qui mangent plus gras que les Madoff, les Lacroix, les Jones de ce monde (je n’ai probablement pas les mêmes amis facebook que mes compatriotes surtaxés par nos capricieux artistes, mais quand vient le temps durant lequel le Conseil des Arts et des Lettres décerne les rares bourses qu’il donne encore, je vois la teneur très uniforme des statuts qui popent sur mon newsfeed, je lis que prospérité et communauté artistique sont deux réalités contradictoires et qu’un québécois moyen qui parle de culture sur-subventionnée et pleine aux as, c’est comme un Nord-Américain qui croient connaître la réalité quotidienne d’un kid qui survit dans les bidonvilles de Johannesburg). Son second penchant, c’est que le BS de luxe qu’est l’Artiss, choyé comme il est à vivre des sous du bon gouvernement, ne devrait pas craquer; en tout cas, il n’est pas payé par notre bon contribuable pour se taper un burn-out, t’sais, déjà, qu’il ne travaille pas. Dédé Fortin non plus ne travaillait pas. Il était épuisé de la vie, en tout cas. Si le drame de sa disparition arrivait aujourd’hui, je ne sais pas si la Clique l’utiliserait pour alimenter la haine des masses face à leur gente artistique. En fait, oui je le sais.

Je me suis souvent demandé si le contribuable savait pourquoi la culture est subventionnée. Je me suis souvent demandé si le contribuable savait que sa culture était sur le respirateur artificiel – je me suis souvent demandé si le contribuable s’inquiétait du fait que sa culture soit sur le respirateur artificiel. La réponse que je me suis faite c’est que non, le contribuable n’y comprend rien; le contribuable n’en à rien à cirer. Une piasse qu’on donne aux poètes (parce qu’on en donne qu’une seule, croyez-moi), c’est une piasse qui ne va pas dans les hôpitaux, dans les écoles, aux polices, etc. Fine. Okay. Le contribuable ne sent pas la dextérisation qui s’opère tranquillement en lui, il ne sent pas non plus ses intuitions se radicaliser; personne ne voit l’argument du rentable sonner le glas de toute initiative artistique (parce que non, écrire tes romans de vampires qui pognent n’a rien d’une initiative artistique). Je suis terrorisé en voyant tout ça à l’œuvre. Qu’on puisse écrire 240 commentaires de haine à l’endroit des artistes, à propos d’une note concernant une chanteuse folk, est un symptôme des plus alarmants (again). En tout cas, ça participe au fait que le québécois moyen déteste son producteur de culture, son producteur d’identité, vilipende les êtres qui s’adonnent plus que lui à la tâche ingrate d’inscrire sa réalité dans l’imaginaire humain. Dans une note récente, on m’a trouvé trop draconien à l’égard de ces gens qui voulaient l’anéantissement des artistes. Frantz Fanon et Hubert Aquin se sont littérairement lancé la balle en disant que la violence était nécessaire, qu’elle s’imposait comme seul moyen valable, lorsque le dialogue échouait. Le dialogue entre les contribuables et les artistes est entrain d’échouer.


Hannah Arendt parlait d’une crise de la culture : elle s’est demandé, une couple de centaines de pages durant, comment la culture humaniste avait pu enfanter les horreurs du XXe siècle. Il y en a une deuxième qui se prépare. Mais ne vous inquiétez pas. Vous n’en verrez rien sinon que le flash aveuglant : ses ravages feront souffrir les plus coriaces – ses plus discrets architectes comme les plus douillets d’entre nous partiront avec la première déflagration. Dans quelques décennies, on cherchera à savoir comment tout ça est arrivé. La réponse est là : par minable jalousie ou par ennui, on a eu un fun noir à lapider ceux qui préféraient crever de faim et parler que s’embourgeoiser et se taire. Je vous dispense du reste, c’est assez horrible merci.

Demain, si ça vous tente, je vais vous entretenir sur la manière dont le nazisme s’est implanté en Europe durant le premier tiers du siècle dernier.


vendredi, février 11, 2011

Spelldown sort son nouvel EP


Fin janvier, Spelldown lançait enfin son premier EP pour lequel j'ai fourni quelques lyrics de mon cru. Formé par Alex Duhamel, Luc Giguère (ex-Brief Respite), Marco Paradis, Oscar Souto (Anonymus) et Carlos Araya (Anonymus), le band, espèce de rencontre hybridifiante entre le death et le trash metal, nous arrive enfin avec une couple de tracks qui bûchent à souhait. J'ai hâte qu'il sorte son long jeu. Si vous voulez savoir de quoi il en retourne, Spelldown sera en tournée jusqu'en mars un peu partout. Les infos sont ici.

mercredi, décembre 08, 2010

Envoyer chier ses artistes (Malaise dans la culture - 2ième partie)

L’hiver dernier, j’ai publié une note en réaction au suicide de Marcel Simard (la liste s'est allongée au printemps dernier, lorsque Robert Mailhot est passé aux mêmes actes). Je faisais le constat que rien n’était plus inquiétant que de voir les artistes d’une société se donner la mort. Aussi je trouve qu’il n’y a rien de plus louche que de voir une société commencer à envoyer chier ses propres artistes. Que ce soit par les propos maintenant célèbres de Serge Henry; que ce soit par la bouche des animateurs de radio-poubelle ou que ce soit par la pléthore de commentaires qu’on peut recueillir sur des blogues grand-public style La Clique du Plateau, un message homogène se formule tranquillement : une (importante?) partie de la société québécoise envoie chier ses artistes, abhorre ses artistes, développe une abjection viscérale à leur endroit et à l’endroit de ce qu’ils représentent. Je ne me prononcerais pas sur les raisons apparentes de ce phénomène, ni non plus sur la nature du carburant de cette haine, à savoir le présumé mythe de l’artiste enrichi par les subventions, à savoir la figure la plus aboutie du vampire, celle du BS de luxe suçant l’argent du système pour écrire ses « inepties élitistes »; je veux simplement soulever le fait que nous atteignons une ère extrêmement inquiétante. Je voudrais trouver ce qui s’est passé dans la suite des événements pour qu’on en vienne à détester à ce point les artistes et les intellectuels, à les considérer comme des parasites absolument nuisibles. Je ne ferai pas de plaidoyer pour défendre ces derniers car je suis profondément convaincu que ceux qui les dénigrent sont irrécupérables. L’âge des Lumières est terminé. Il ne vaut plus la peine d’éclairer les masses : elles se complairont dorénavant dans un abrutissement cynique qui démonise le goût ou la capacité de réfléchir.

Si par ailleurs, nous nous considérons un tant soit peu artistes ou intellectuels, il ne nous reste plus que la confrontation. Nous nous devons d’être plus que jamais impitoyables dans nos démarches et plus jamais devons nous rechercher le consensus. Il faut faire peur; il faut faire mal. Ils nous ont sacrés parasites? Nous leurs seront plus que jamais dangereux.

lundi, décembre 06, 2010

L'Argument du chiffre...

...tel que publié sur TERREUR!TERREUR!

Procrastination oblige, j’ai fait le tour de quelques blogues et j’ai trébuché sur celui d’Élisabeth Tremblay via celui de Jonathan Reynolds. Dans une note intitulée Vous aimez la polémique, elle se porte au secours de la série Les Chevaliers d’émeraude, qui semble-t-il, se trouve à être la cible de pelletées de critiques. Son artifice défensif s’organise autour d’un argument que je ne peux plus entendre. Celui du chiffre. La série Les Chevaliers d’émeraude a conquis des milliers de lecteurs et a rapporté des millions de dollars à l’éditeur, affirme-t-elle (je ne met pas en doute l’information). Voilà deux qualités qui devraient stopper net tous ses détracteurs. Mais pourquoi faudrait-il qu’une vache à lait devienne une vache sacrée? Et pourquoi toujours nous remettre sous le nez l’argument du chiffre? On me dira que je ne comprends pas les impératifs financiers qui règlent la réalité des éditeurs? Wrong. Durant les 15 dernières années, je me suis impliqué dans les Jeunes Entreprises, j’ai suivi une formation au SAJE; je suis même allé perdre mon temps aux HEC, j’ai appris à rédiger des plans d’affaires et je gagne ma vie en vendant de la bouffe et du vin. Je suis peut-être le plus néolibéral de tous les littéraires que vous connaissez. Mais l’argument du chiffre, j’en ai vraiment marre. J’en ai marre qu’il soit l’indice ultime du succès littéraire, qu’on y ait recours comme argument salvateur pour tout texte possédant peu de qualités littéraires qui rapporte un tant soit peu à son éditeur. Comme s’il fallait créer de la richesse avec des livres « plus commercialisables » pour subventionner des livres plus obtus, « plus difficiles d’approche ». Vendre des livres; convertir des gens à la lecture, pour vendre plus de livres, pour convertir d’autres gens à la lecture. Faire de la lecture quelque chose d’aussi accessoire que superficiel. En fait, créer un besoin. Pour ensuite y répondre par la publication diluvienne de blockbusters littéraires dont l’existence ne change absolument rien au fait que d’autres sortes de livres se lisent et s’apprécient. Et je ne juge pas ce type de littérature (mais personnellement, être pogné pour en écrire, je m’endormirais sur mon clavier); je ne la juge pas dans la mesure où elle demeure à la place qui lui sied et dans la mesure où elle reste consciente de ses limites. Les Blockbusters littéraires ne sensibilisent pas plus à la lecture que les Backstreet Boys sensibilisent à la musique. Pour finir, je veux clore tout ça avec une belle vérité de La Palice – car tout blogue qui se respecte en est infesté – à savoir que le succès commercial d’un livre n’a rien à voir avec ses qualités littéraires. Transportons-nous dans le monde musical ou dans le monde du cinéma et les choses seront peut-être plus apparentes.

lundi, novembre 15, 2010

Foxer l'Expozine

Un remerciement sincère aux Productions Arreuh qui ont assuré un peu de visibilité au Porte-Abîme 3 à l'Expozine 2010.  Le Mercenaire fait la promesse qu'il y sera l'an prochain, en chair et en os.

mercredi, octobre 20, 2010

Pour en finir avec la littérature de genre...

Le réflexe taxonomique qui pousse à vouloir tout classifier et à tout étiqueter s’est répandu de façon épidémique dans tous les domaines des sciences humaines. La littérature, comme souvent, n’a pas été épargnée par la contagion.
Lorsqu’on est légèrement au courant de comment le savoir se construit et se finance à l’intérieur de ses institutions, on peut s’imaginer que la job de classage que représentait – et représente encore – la littérature à dû faire saliver une bonne tonne de chercheurs universitaires. Un des genres littéraires qu’on a le plus subdivisé en catégories, qu’on a morcelé, haché, effiloché en une tonne de mouvements, de courants, c’est sûrement le roman. Et quand d’autres chercheurs se sont mis à réfléchir sur les sous-genres du roman, ils ont émis une pléthore de définitions (tout a fait discutables, by the way) et se sont efforcé de dégager des caractéristiques qui leurs répondraient. Sont tranquillement apparues des étiquettes telles que «roman policier», «polar», «science-fiction», «fantasy», «roman gothique».
Et c’est là que le chien s’est fait fourrer. Sournoisement, les écrivains et les éditeurs se sont mis à prendre ces caractéristiques pour du cash. Les étiquettes produites étaient si fortes qu'on ne pouvait plus gérer la production littéraire sans avoir y recours systématiquement. À un point tel que la première question que se pose un écrivain après avoir rédigé une couple de pages de son nouveau manuscrit ressemble à : «Dans quel genre suis-je entrain d’écrire?» Une fois le supposé genre identifié, l’écrivain fera tout en son pouvoir pour adapter son travail aux caractéristiques de ce genre. L’éditeur publie de la littérature de genre fait la même chose. En plus de refuser les mauvais manuscrits – ce qui va de soi mais n’est peut-être pas toujours vrai – il refuse les manuscrits qui ne se plient pas au genre exploité. En fait, non. Il faut dire «qui ne se plient pas totalement aux règles du genre exploité».
Il faut admettre que tout ça est extrêmement problématique. Comment peut-on dire «ceci n’est vraiment pas de l’horreur» ou «ceci n’est pas vraiment de la science-fiction». Ces deux affirmations impliquent qu’il existe une définition précise concernant les genres romanesques. Et si on écrit dans l'intention de correspondre à une définition, entendons-nous qu’on que ne fait plus qu’émuler, on ne fait plus que copier; on n’invente plus rien (ça ce n’est pas tellement grave) mais on épuise les textes ou les récits pères desquels certains critiques ont extraits des caractéristiques pour former des entités théoriques (qui n’a rien à voir avec l’acte d’éditer ou d’écrire proprement dit), les différents genres du roman.
Donc! Vous écrivez de la littérature de genre? Dropez vos crayons right now ou lâchez vos macbook pro à l’instant! Voici 5 choses que je veux que vous fassiez :

1) Arrêtez de penser en termes de genres littéraires. Vous allez choper le cancer. Vous pensez que votre récit n’est pas réaliste et que de l’inscrire dans un genre parent du fantastique le sauvera? Faux, un bon récit n’a pas besoin d’être sauvé - arrêtez d'utiliser les conventions d'un genre, peu importe lequel;
2) Pour tous ceux qui croient faire du fantastique ou de l’épouvante, évacuez immédiatement de votre vocabulaire des mots tels que ténèbres,  obscur, nocturne, déchu, damnation, écarlate, sanglant, folie, démoniaque, bestial, sépulcral... Utilisez-les plutôt si vous croyez faire de l'auto-fiction.
Ne parlez plus de vampires ni de démons.
Pulvérisez les concepts de mal et de bien et surtout, ne les faites plus intervenir l'un contre l'autre dans une lutte sans merci. Oubliez tous vos principes moraux, de peur que vous les inculquiez à vos personnages ou à vos créatures. Abandonnez le thème de la folie : vous n’avez probablement aucune idée de quoi vous parlez. Renseignez-vous pour vrai avant de parler de pyschopathe ou de tueurs en série (Là, je ne parle pas d'écouter Dexter en boucles). À moins de connaître à fond le mythos judéo-chrétien et de pouvoir y recourir d’une manière complètement neuve, cessez à l’instant d’y puiser symboles, fables, figures etc.
À l’instant, j’ai dis!
3) Pour ceux qui pensent faire du Fantasy, faites cet examen de manière répétitive, jusqu’à ce qu’il s’assimile à vos réflexes les plus reptiliens.
4) Pour ceux qui croient faire de la science-fiction, allez tout de suite lire l’introduction de The Left Hand of Darkness d'Ursula K. Le Guin; arrêtez d’asseoir tout votre travail sur le novum (la bébelle super-originale qui se trouve au coeur de votre « vision réaliste de l’avenir»). Vous ne faites pas de la recherche en sciences : vous écrivez des histoires. Et surtout, s’il vous plaît, intéressez-vous juste un peu à la poésie et aux «usages atypiques» de la langue. Aussi, informez-vous sur les anciens mythes. De préférences, les moins connus.
5) Lisez plein d’auteurs différents provenant d’époques différentes. Brûlez Tolkien et Asimov. Comprenez que l’imaginaire doit prévaloir sur l’affiliation aux genres. Soyez perspicaces et vous allez voir que vos «romans de genre» préférés sont, en fait, inclassables.

Devoir pour la semaine:
Lire Mister B. Gone de Clive Barker, The Road de Cormac McCarthy et Dondog d'Antoine Volodine et les classer par genres romanesques. On va rire.

jeudi, octobre 07, 2010

Du papier à l'hypermédia

J'ai appris ce matin, non sans une certaine joie, que le numéro de Moebius auquel j'avais participé est dorénavant disponible en version électronique. Sous le thème très inspirant de l'espérance de vie, Moebius # 120 a été piloté par Patrick Brisebois. Si ça vous chante, vous pouvez lire ma nouvelle intitulée «Viande froide sur l'étal» ici.

mercredi, septembre 15, 2010

Faire des livres II: Les Orphelins

Durant l’été 2007, j’ai entamé l’écriture d’un recueil de nouvelles plus ou moins fantastiques. C’est un des rares travaux d’écriture que j’aie porté à terme. Un ami éditeur m’avait proposé de lire la chose et d’ensuite m’aider à trouver preneur. Après m’avoir confié – à ma grande joie – que plusieurs textes recelaient un potentiel évident et que l’un d’entre eux méritait d’être transformé en roman, il me fit part de la conclusion suivante :

«Je me demande qui, ici, peut te publier. Tu ne corresponds à la ligne éditoriale d’aucune maison d’édition et si l’une d’entre elle veut te publier, je doute qu’elle sache comment bien promouvoir ton texte.»
Bref, ça voulait dire qu’ici-bas, on n’était pas éditorialement équipé pour faire vivre mon texte.
Depuis, quand j’écris, je ne suis pas capable de m’enlever ça de la tête. Je suis orphelin. Éditorialement parlant.
Quand Ed a sorti Prison de poupées, on était tous très heureux pour lui. Pour ma part, je me sentais vengé par les événements. Un ami, dont les écrits avaient souvent été jugés impubliables – entre autre à cause de leur trashness avouée – publiait enfin chez un éditeur «reconnu» . Ensuite, les choses se sont corsées.

Lire la suite sur TERREUR!TERREUR!

mercredi, juin 30, 2010

Une première note sur TERREUR!TERREUR!

Y a-t-il quelque chose de plus essoufflé et de moins Web 2.0 que la littérature? Lorsqu’on constate la perte de vitesse vertigineuse qu’elle subit par rapport aux autres modes d’expressions narratifs, on ne peut que se réjouir pour ceux qui détestaient lire. La littérature vit une crise et je ne vous apprends rien. Non pas parce que les gens lisent moins – ça c’est faux; ni à cause de l’arrivée du e-book (sacré objet d’apocalypse littéraire par de nombreux penseux). La crise vient tant d’une permutation interne à la littérature (voir la note Se contenir et redevenir éditeur) que de la perte d’un goût essentiel pour toute activité – je n’aime pas le mot mais je suis à court de termes – artistique. Ce goût qui s’en va s’effaçant, c’est celui du risque.
Lire la suite sur TERREUR!TERREUR!

mercredi, avril 07, 2010

Nouvelles à boire debout



Le 27 avril prochain, Marie-Ève Turgeon (L'intimité de la viande) organise une petite soirée de lecture. En plus de moi  - qui, for the record, ferai mon baptême de feu en matière de lecture publique - il y aura Martin Ouellet a.k.a Docteur Triton, Edouard H. Bond et bien-sûr, Marie-Ève Turgeon. Au programme, de petites histoires qui relèvent du B, du déviant ou de l'étrange. En espérant vous voir en grand nombre.

Infos du flyer:
27 Avril 2010 à 2ohoo - Entrée libre - Contributions volontaires
Bar Le Grillon, 1950 Ste-Catherine Est, coin Dorion (à peu près en face du metro Papineau)

Conception du flyer : Marlène Paquin

mercredi, mars 31, 2010

Malaise dans la culture – 1ère partie

En 1929, Sigmund Freud publiait Malaise dans la culture (aussi intitulé Malaise dans la civilisation), une sorte d’étude du cas humain qui tente de débusquer les raisons qui poussent l’homme à s’autodétruire; sorte d’étude, dis-je, au terme de laquelle Freud formule l’hypothèse suivante : ce qui peut sublimer les pulsions, c’est l’Art. Car, d'après Freud, dans l’homme font rage des pulsions : des pulsions de vie, des pulsions de mort. Bref, sans trop abréger, Sigmund suggère que le salut de l’homme, c’est l’Art. À l'époque, ce n’était pas peu dire. Mais les horreurs qui marquèrent les deux tiers du XXe siècle prouvent que son hypothèse n’a trouvé que trop peu de disciples.
**
Moralement épuisé et absolument déçu par l’Amérique qu’il a vu se dégénérer tout au long de sa vie, cette Amérique qui s’est avortée elle-même, grosse de ses bouillonnantes années ’60, cette Amérique seulement rêvée et depuis longtemps évanouie, Hunter S. Thompson (écrivain de la contre-culture & journaliste) met fin à ses jours en février 2005, trois mois après la réélection de George W. Bush, en se brûlant la cervelle.
Pour des raisons qui, dans leur essence, ne sont pas tellement différentes, le 15 mars 1977, Hubert Aquin s'est lui aussi flambé la cervelle. La mort d'Aquin annonce toute une série de décès similaires, série qui se rend jusqu’à nous, en 2010, le plus récent étant celui de Marcel Simard.
Le message que laissent tous ces suicides est aussi triste que complexe. Un élément qui perd de son utilité, qui se sent rejeté par l’ensemble, déçu par l’ensemble, aliéné de l’ensemble; l’élément qui se sent vidé de sa substance, par une force naturelle, se supprimera ou sera supprimé. Une tendance s’exprime tranquillement dans les sociétés nord-américaines : l’Art perd sa raison d’être, l’Art tend à se supprimer lui-même. Et donc ses disciples, les artistes.
Je trouve qu’il n’y a pas rien de plus alarmant pour une communauté que de voir ses artistes se suicider. Mais attention! Il ne s’agit pas ici du Mal qui la tenaille : il ne s’agit que d’un symptôme. Le symptôme d’une gangrène souterraine, gangrène qu’on décèlera beaucoup trop tard, lorsqu’elle aura bouffé tous les membres et tous les organes essentiels à la vie.
Peut-être que l’Art a fait son temps? Peut-être que nous sommes assez grands maintenant, nous, peuples riches et industrialisés pour s’en aller et passer à autre chose? Peut-être? Non?

Même le petit garçon dans The Road essaie de jouer de la musique.

jeudi, mars 04, 2010

Se contenir et redevenir éditeur

Vous ignorez à quel point je pourrais noircir ce blogue de notes pleines de fiel. 2 ou 3 par jour, presque. Mais attention, elles seraient pleines d’un fiel distillé, mis en bouteilles, un fiel digne de grandes cuvées. Un fiel travaillé à même la vigne; du sang de cailloux, quoi. Pourtant, je me retiens de tirer à boulets rouges sur tout ce qui m’indigne. Vous aurez deviné ma cible principale : le microcosme littéraire québécois. Comme beaucoup d’autres, ce qui s’y passe me ronge les parois stomacales. Les brûlements d’estomac, c’est le propre de tous ceux qui restent (à tort ou à raison) dans l’ombre. Peut-être que si je vidais quelques chargeurs argumentatifs sur certaines têtes qui selon moi, manquent tout à fait d’autorité critique et de talent pour s’imposer à ce point, je brasserais un peu de merde et ce blogue serait une destination-rêve pour tous ceux qui ont leur grain de sel à cracher dans la soupe. Mais je n’aime pas ça, brasser la merde. Je préfère brasser autres choses. Des idées, genre.
À scander des paroles venimeuses, je préfère garder le silence. En fait, tout ceux que je connais qui sont aussi aigris que moi, gardent eux aussi le silence. On reste les bras croisés, dans notre coin de la salle, en observant les choses aller, en espérant que quelqu’un se plante, fasse rire de lui, que quelqu’un se réveille et dise : «Ça fera, les imposteurs!» Mais non. Le mélange tient, la chorégraphie se poursuit sans trop d’anicroches. On hésite entre rire ou pleurer.
En me calmant, je suis venu à deux conclusions:

1) La littérature connaît en ce moment un décentrement historique : elle est de moins en moins consommée par des lecteurs, mais de plus en plus par des téléspectateurs, des websurfeurs, des auditeurs; elle est de moins en moins écrite par des écrivains mais de plus en plus par des script-éditeurs, des scénaristes, des chroniqueurs, des journaleux, des bacheliers en communication. D’ailleurs, je le tiens de la bouche de certains professeurs, (faites-en ce que vous voulez) la littérature comme objet d’étude serait sur son déclin; dans l’avenir on s’attardera davantage aux récits (et les récits, ça transcende n’importe quel médium, que ce soit le cinéma, la vidéo, la webtélé, la télé, le livre, etc.).
2) À l’automne, je vais ouvrir une bannière d’édition toute neuve et reprendre du service. Ça vaudra mieux que me faire du sang d’encre et de couver un cancer.

mercredi, février 03, 2010

Les choses en marche

Avant de tout déménager ici, avant de changer de navire, je me suis demandé jusqu’à quel point il était encore nécessaire pour moi de poursuivre ce blogue. Cette question en cachait une autre. Est-ce qu’un jour, je vais refaire des livres? Les lendemains du Porte-Abîme 3 puis des Histoires Incrédibles m’ont longtemps semblé être la conclusion de tout cet effort éditorial, la mise au noir d’une vision puissante qui avait fini par m’essouffler et par s’essouffler. J’ai mal interprété tout ça. De 18 à 23 ans, j’ai été extrêmement actif et j’ai piloté beaucoup de projets. Je croyais que s’il devait se produire quelque chose de majeur, de significatif, ce devait être dans l’espace ou directement à la suite de ces 5 années. Comme un zélote déçu par son messie, je me suis découragé. Mais lorsque tout s’est arrêté, lorsque j’ai tiré la plogue, j’ai eu la prétention de croire que tout cesserait, que c’était une mise en terre. J’ai eu pourtant tord d’y croire. Les choses sont en marche, qu’on le veuille ou non. Croire que d’un simple déclic psychique, on peut passer de l’animé à l’inanimé, c’est faux. Le travaille se fait beaucoup plus sournoisement. Et ce qui dort n’est pas mort. Et voilà ce qui m’arrive. Je dors. Je suis entre deux lieux. Je suis en transit. Vieillir ou mûrir, c’est passer de la puissance nerveuse à la force tranquille. L’édition me manque. Je finirai par y revenir.