mercredi, avril 28, 2010

Ce que les profanes peuvent apprendre aux initiés

Hier soir, j’ai enfin brisé la glace en matière de lecture publique. Apparemment, j’ai très bien fait ça. Pour ma part, j’ai bien aimé l’expérience et ça m’a donné envie de récidiver. J’ai lu deux petites fictions de mon crû, Histoire de couple (version longue et peaufinée d’un fragment que j’ai publié dans le Jardin aux eaux mortes) et Le Bus de nuit (histoire que j’avais d’abord préparée pour un recueil de nouvelles qui ne verra jamais le jour et que j’ai retouchée pour la soirée).
Mais surtout, ceux qui ont vraiment bien fait ça, ce sont ceux qui étaient assis dans la salle : leur écoute était phénoménale. C’était savoureux de lire dans un silence aussi limpide et aussi attentionné. Paradoxalement, l’assistance ne comptait que très peu d’initiés à ce genre de soirée. Je commence à remarquer que les profanes ont plus de respects que les adeptes pour ce type d’événement. De nombreuses fois je me suis rendu à des soirées de lectures organisées par des maisons d’édition établies ou présentées dans le cadre de festivals culturels. Il régnait dans ces soirées – qui jouissaient tout de même d’une certaine aura d’officialité, tant par la nature du public que par le statut des lecteurs – un vacarme tel que les lecteurs étaient littéralement enterrés par l’assistance (essentiellement composée de poètes, d’auteurs & de «gens du milieu») qui n’en avait, faudrait-il le croire, rien à cirer d'écouter.


L’écoute et la curiosité des gens qui, hier soir, sont venus découvrir ce type de happening m’a vraiment encouragé et me confirme la nécessité de sortir des cercles fermés du «milieu». Les gens veulent encore être surpris, être étonnés. Les gens aiment encore se faire raconter des histoires. Voilà ce que j’ai appris hier soir. Et voilà ce qui me fait sourire aujourd’hui.

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Le 27 avril était aussi la date de sortie des Soleils suspendus de François Rioux.

C’est publié chez Le Quartanier (un remarquable esthète du livre). Allez zyeuter ça.

mercredi, avril 07, 2010

Nouvelles à boire debout



Le 27 avril prochain, Marie-Ève Turgeon (L'intimité de la viande) organise une petite soirée de lecture. En plus de moi  - qui, for the record, ferai mon baptême de feu en matière de lecture publique - il y aura Martin Ouellet a.k.a Docteur Triton, Edouard H. Bond et bien-sûr, Marie-Ève Turgeon. Au programme, de petites histoires qui relèvent du B, du déviant ou de l'étrange. En espérant vous voir en grand nombre.

Infos du flyer:
27 Avril 2010 à 2ohoo - Entrée libre - Contributions volontaires
Bar Le Grillon, 1950 Ste-Catherine Est, coin Dorion (à peu près en face du metro Papineau)

Conception du flyer : Marlène Paquin

mercredi, mars 31, 2010

Malaise dans la culture – 1ère partie

En 1929, Sigmund Freud publiait Malaise dans la culture (aussi intitulé Malaise dans la civilisation), une sorte d’étude du cas humain qui tente de débusquer les raisons qui poussent l’homme à s’autodétruire; sorte d’étude, dis-je, au terme de laquelle Freud formule l’hypothèse suivante : ce qui peut sublimer les pulsions, c’est l’Art. Car, d'après Freud, dans l’homme font rage des pulsions : des pulsions de vie, des pulsions de mort. Bref, sans trop abréger, Sigmund suggère que le salut de l’homme, c’est l’Art. À l'époque, ce n’était pas peu dire. Mais les horreurs qui marquèrent les deux tiers du XXe siècle prouvent que son hypothèse n’a trouvé que trop peu de disciples.
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Moralement épuisé et absolument déçu par l’Amérique qu’il a vu se dégénérer tout au long de sa vie, cette Amérique qui s’est avortée elle-même, grosse de ses bouillonnantes années ’60, cette Amérique seulement rêvée et depuis longtemps évanouie, Hunter S. Thompson (écrivain de la contre-culture & journaliste) met fin à ses jours en février 2005, trois mois après la réélection de George W. Bush, en se brûlant la cervelle.
Pour des raisons qui, dans leur essence, ne sont pas tellement différentes, le 15 mars 1977, Hubert Aquin s'est lui aussi flambé la cervelle. La mort d'Aquin annonce toute une série de décès similaires, série qui se rend jusqu’à nous, en 2010, le plus récent étant celui de Marcel Simard.
Le message que laissent tous ces suicides est aussi triste que complexe. Un élément qui perd de son utilité, qui se sent rejeté par l’ensemble, déçu par l’ensemble, aliéné de l’ensemble; l’élément qui se sent vidé de sa substance, par une force naturelle, se supprimera ou sera supprimé. Une tendance s’exprime tranquillement dans les sociétés nord-américaines : l’Art perd sa raison d’être, l’Art tend à se supprimer lui-même. Et donc ses disciples, les artistes.
Je trouve qu’il n’y a pas rien de plus alarmant pour une communauté que de voir ses artistes se suicider. Mais attention! Il ne s’agit pas ici du Mal qui la tenaille : il ne s’agit que d’un symptôme. Le symptôme d’une gangrène souterraine, gangrène qu’on décèlera beaucoup trop tard, lorsqu’elle aura bouffé tous les membres et tous les organes essentiels à la vie.
Peut-être que l’Art a fait son temps? Peut-être que nous sommes assez grands maintenant, nous, peuples riches et industrialisés pour s’en aller et passer à autre chose? Peut-être? Non?

Même le petit garçon dans The Road essaie de jouer de la musique.

jeudi, mars 04, 2010

Se contenir et redevenir éditeur

Vous ignorez à quel point je pourrais noircir ce blogue de notes pleines de fiel. 2 ou 3 par jour, presque. Mais attention, elles seraient pleines d’un fiel distillé, mis en bouteilles, un fiel digne de grandes cuvées. Un fiel travaillé à même la vigne; du sang de cailloux, quoi. Pourtant, je me retiens de tirer à boulets rouges sur tout ce qui m’indigne. Vous aurez deviné ma cible principale : le microcosme littéraire québécois. Comme beaucoup d’autres, ce qui s’y passe me ronge les parois stomacales. Les brûlements d’estomac, c’est le propre de tous ceux qui restent (à tort ou à raison) dans l’ombre. Peut-être que si je vidais quelques chargeurs argumentatifs sur certaines têtes qui selon moi, manquent tout à fait d’autorité critique et de talent pour s’imposer à ce point, je brasserais un peu de merde et ce blogue serait une destination-rêve pour tous ceux qui ont leur grain de sel à cracher dans la soupe. Mais je n’aime pas ça, brasser la merde. Je préfère brasser autres choses. Des idées, genre.
À scander des paroles venimeuses, je préfère garder le silence. En fait, tout ceux que je connais qui sont aussi aigris que moi, gardent eux aussi le silence. On reste les bras croisés, dans notre coin de la salle, en observant les choses aller, en espérant que quelqu’un se plante, fasse rire de lui, que quelqu’un se réveille et dise : «Ça fera, les imposteurs!» Mais non. Le mélange tient, la chorégraphie se poursuit sans trop d’anicroches. On hésite entre rire ou pleurer.
En me calmant, je suis venu à deux conclusions:

1) La littérature connaît en ce moment un décentrement historique : elle est de moins en moins consommée par des lecteurs, mais de plus en plus par des téléspectateurs, des websurfeurs, des auditeurs; elle est de moins en moins écrite par des écrivains mais de plus en plus par des script-éditeurs, des scénaristes, des chroniqueurs, des journaleux, des bacheliers en communication. D’ailleurs, je le tiens de la bouche de certains professeurs, (faites-en ce que vous voulez) la littérature comme objet d’étude serait sur son déclin; dans l’avenir on s’attardera davantage aux récits (et les récits, ça transcende n’importe quel médium, que ce soit le cinéma, la vidéo, la webtélé, la télé, le livre, etc.).
2) À l’automne, je vais ouvrir une bannière d’édition toute neuve et reprendre du service. Ça vaudra mieux que me faire du sang d’encre et de couver un cancer.

mercredi, février 10, 2010

La Bande-annonce

Un petit souvenir de novembre 2006.

mercredi, février 03, 2010

Les choses en marche

Avant de tout déménager ici, avant de changer de navire, je me suis demandé jusqu’à quel point il était encore nécessaire pour moi de poursuivre ce blogue. Cette question en cachait une autre. Est-ce qu’un jour, je vais refaire des livres? Les lendemains du Porte-Abîme 3 puis des Histoires Incrédibles m’ont longtemps semblé être la conclusion de tout cet effort éditorial, la mise au noir d’une vision puissante qui avait fini par m’essouffler et par s’essouffler. J’ai mal interprété tout ça. De 18 à 23 ans, j’ai été extrêmement actif et j’ai piloté beaucoup de projets. Je croyais que s’il devait se produire quelque chose de majeur, de significatif, ce devait être dans l’espace ou directement à la suite de ces 5 années. Comme un zélote déçu par son messie, je me suis découragé. Mais lorsque tout s’est arrêté, lorsque j’ai tiré la plogue, j’ai eu la prétention de croire que tout cesserait, que c’était une mise en terre. J’ai eu pourtant tord d’y croire. Les choses sont en marche, qu’on le veuille ou non. Croire que d’un simple déclic psychique, on peut passer de l’animé à l’inanimé, c’est faux. Le travaille se fait beaucoup plus sournoisement. Et ce qui dort n’est pas mort. Et voilà ce qui m’arrive. Je dors. Je suis entre deux lieux. Je suis en transit. Vieillir ou mûrir, c’est passer de la puissance nerveuse à la force tranquille. L’édition me manque. Je finirai par y revenir.

vendredi, décembre 04, 2009

Rétrospective aigre-douce

Il y a trois ans (à quelques jours près) je lançais le 3ième Porte-Abîme. Ce fut ma plus belle réussite éditoriale. Pour moi, ce lancement signifiait un changement d’étape et c’est ce qu’il fut, mais pas pour les raisons que j’avais imaginées.
Je pensais qu’après lui, j’allais entreprendre des projets d’éditions plus ambitieux, que j’allais fonder une maison d’édition. Mais pour certaines raisons qui sont personnelles et, surtout, avec l’arrivée au printemps suivant de Coups de tête (une nouvelle maison d’édition, disait le papier paru dans la défunte Presse du dimanche, qui allait mettre l’accent sur les nouvelles voix et les publier dans un format de livre semblable à celui des romans de gare) défaisait totalement l’initiative et l’essentiel de son projet d’édition (de l’époque) se retrouvait également dans les pages du plan d’affaire que nous avions élaborés, moi et mes anciens partenaires. L’idée était dans l’air, nous ne l’avons pas concrétisée assez rapidement. Mais encore, j’avais envie de jouer à l’éditeur. La preuve? Les rigolotes Histoires Incrédibles.
Là où mon goût pour l’édition s’est évaporé c’est en février 2008, lorsque le Salon de la Marginalité à procédé par invitations exclusives pour aller chercher ses exposants. J’avais été du premier et du deuxième, j’étais venu me geler les couilles dans la salle pas chauffée de la Salla Rossa pendant 6 heures alors qu’il y avait, en tout temps, plus d’exposants que de visiteurs; j’avais, en 4 ans, investi plus de 7000$ dans l’édition alternative pour quoi? Pour ne pas être digne d’être invité au Salon de la Marginalité 2008 qui commençait à faire partie d’un festival assez gros pour avoir le luxe de trier ses invités (lire de n’inviter que ses amis).  Aujourd’hui, si je suis encore un peu amer, je ne suis plus vraiment fâché. Abandonner l’édition m’a permis de m’adonner à ce que je m’étais refusé depuis longtemps. Écrire. Ce n’est qu’une fois que je me serai réalisé de ce côté que je renouerai avec l’édition. Et ce sera un sanguinaire retour au boulot.

mercredi, novembre 25, 2009

Déménagement

Parce que l'ancienne plate-forme commençait sérieusement à se scléroser et que tout compte fait, j'ai encore envie de tenir un blogue, je déménage mon activité ici. Vous pourrez toujours consulter l'ancien blogue car il est riche en archives (tout spécialement celles du Porte-Abîme 3 et d'Histoires Incrédibles).